Revolut se prépare officiellement à lancer ses activités au Maroc et a nommé Amine Berrada pour diriger cette expansion. C’est une étape importante pour la fintech britannique, le Maroc devenant l’un des rares marchés africains ciblés. Mais une question se pose : que représente une banque 100 % digitale dans un pays où 90 % des transactions se font encore en espèces et où la confiance dans les banques traditionnelles reste fragile ?
1. Le cash reste roi au Maroc
L’économie marocaine fonctionne avant tout à l’argent liquide. Dans les cafés, les taxis ou les petits commerces, l’espèce n’est pas seulement acceptée, elle est attendue. Les paiements numériques existent, surtout dans les grandes villes, mais leur adoption reste limitée. Lors d’événements comme la Coupe d’Afrique des Nations, les touristes se retrouvent souvent à faire la queue devant des distributeurs qui tombent rapidement à sec.
Pour Revolut, entrer sur un marché avec des habitudes aussi ancrées signifie cibler d’abord les groupes déjà habitués aux paiements par carte.
2. L’effet des événements internationaux : CAN et Coupe du Monde 2030
Le Maroc accueillera la Coupe d’Afrique des Nations et coorganisera la Coupe du Monde 2030. Ces compétitions attireront des millions de visiteurs qui comptent sur leurs cartes plutôt que sur des dirhams en liquide. Revolut pourrait se positionner comme la solution idéale pour les voyageurs : portefeuilles multi-devises, taux de change compétitifs, paiements sans frais cachés.
Cet angle « tourisme d’abord » semble être la porte d’entrée la plus solide pour Revolut.
3. Un système bancaire sous pression
Les banques marocaines traditionnelles sont perçues comme chères, bureaucratiques et peu fiables. Les frais de tenue de compte commencent autour de 20 MAD par mois, un virement instantané peut coûter 20–25 MAD, et les transferts interbancaires entraînent des timbres fiscaux. Les pannes sont fréquentes et certaines banques délivrent encore des cartes obsolètes comme la VISA Electron.
Cela ouvre une brèche pour Revolut, qui mise sur la transparence et la réduction des frais. Mais le défi reste de gagner la confiance là où même les acteurs historiques échouent.
4. La réforme du dirham et ses conséquences
Le dirham est aujourd’hui arrimé à un panier composé à 60 % de l’euro et 40 % du dollar. Mais Bank Al-Maghrib prévoit d’assouplir ce régime en 2026 pour évoluer vers un taux de change plus flexible. Cette transition pourrait provoquer plus de volatilité et renchérir les transactions internationales.
Revolut, avec sa capacité à détenir plusieurs devises et à afficher les taux en temps réel, pourrait aider ses utilisateurs à gérer cette nouvelle donne. Mais cette volatilité risque aussi de pousser les Marocains à conserver du cash ou à investir dans l’or, plutôt qu’à adopter massivement les solutions fintech.
5. La trajectoire probable de Revolut au Maroc
À court terme, les services de Revolut séduiront surtout :
les touristes, attirés par la simplicité d’utilisation lors de la CAN et de la Coupe du Monde,
les freelances et travailleurs digitaux rémunérés en devises étrangères,
les urbains connectés à la recherche d’alternatives moins chères pour leurs paiements internationaux.
Pour la majorité de la population, le changement sera beaucoup plus lent. La culture du cash, la méfiance envers les banques et l’importance de l’économie informelle ne disparaîtront pas du jour au lendemain.
Le lancement de Revolut au Maroc est ambitieux et porteur de potentiel. Mais son succès ne dépendra pas seulement de ses outils technologiques. Tout se jouera dans sa capacité à combler l’écart entre le présent dominé par le cash et un avenir numérique encore incertain, façonné par les grands événements internationaux, la réforme monétaire et l’évolution lente de la confiance envers les institutions financières.


